Pourquoi le zinc, et pourquoi ici
La métropole lilloise est faite de maisons mitoyennes à forte pente : courées ouvrières, maisons de ville en brique, pavillons des années 1930. Sur ce bâti, l’eau ne tombe presque jamais dans le vide. Elle est reprise par un canal encaissé entre deux versants ou en pied de toit, puis conduite le long de la façade. Ce canal est en zinc, il est fait sur mesure, et quand il lâche l’eau ne coule pas au sol : elle part dans le mur, souvent mitoyen.
C’est ce qui explique un décalage constant. Le propriétaire qui découvre une auréole au plafond de l’étage pense « toiture à refaire » et se prépare à une facture à cinq chiffres. Dans la majorité des cas, il a un ouvrage de zinguerie à reprendre : quelques mètres linéaires, une soudure, parfois une pièce entière refaite à l’atelier. Le savoir change la question posée au professionnel, et la réponse qu’on peut lui apporter.
Le zinc a une propriété qu’on oublie : il s’allonge quand il chauffe. Une pièce soudée d’un bout à l’autre sans joint qui coulisse finit par se fendre en son milieu, à l’endroit le plus difficile à reprendre. Un chéneau bien fait comporte donc des ruptures voulues. C’est un détail invisible à la réception, et c’est pourtant lui qui décide de la durée de l’ouvrage.
Ce qui se répare, et ce qui se refait
Une soudure ouverte sur quelques centimètres se reprend au fer et à l’étain, sans dépose. Une agrafure qui a joué se referme. Un solin descellé se rabat et se refixe. Ces interventions sont courtes, et elles n’exigent pas d’échafaudage complet quand l’accès le permet.
En revanche, une tôle percée par la corrosion sur toute une longueur ne se rustine pas : la corrosion continue sous la pièce ajoutée, et l’on repaye la même intervention deux hivers plus tard. Le remplacement du tronçon est alors moins cher à l’échelle de dix ans. Le seul moyen de trancher est de monter et de regarder l’état du fond, pas la face visible depuis le sol.
Sur une maison mitoyenne, un troisième cas se présente régulièrement : la pièce est saine mais sous-dimensionnée pour ce qu’elle reçoit. On voit alors le chéneau déborder aux fortes pluies, toujours au même endroit, sans qu’aucune fuite n’existe. Refaire l’étanchéité ne changerait rien. C’est le développé de la pièce et le nombre de descentes qu’il faut revoir.